Posted by on 8 mars 2018

La journée internationale de la femme, qui coïncide avec l’anniversaire de mon fils, date donc hautement symbolique pour moi, est toujours l’occasion de me poser des questions sur la féminité. J’ai toujours préféré les jeans aux tailleurs, les baskets au talons et le visage nature au maquillage et au fond de teint. En suis-je pour autant moins féminine ?

Mais au-delà de la question de la définition de la femme – regardez ce que l’on trouve lorsque l’on tape le mot « femme » dans la zone de recherche de Google, c’est édifiant – je voulais aujourd’hui vous parler d’une association naturelle et pourtant trop méconnue, celle des femmes et des plantes.  Je vous propose donc un petit voyage dans le temps et dans les profondeurs de la féminité guérisseuse.

Un petit tour par la terminologie

L’association entre les femmes et les plantes est bien plus ancienne et profonde que la relation thérapeutique qu’entretiennent les femmes depuis des millénaires avec les plantes. D’ailleurs, il suffit de se pencher sur notre vocabulaire pour voir combien cette relation est enracinée dans notre inconscient collectif.

En portant les graines de la vie et en faisant éclore celle-ci, les femmes sont intimement liées au cycle naturel de la reproduction du vivant. La femme, comme la nature, est « fertile » (du latin fertilis, une terre qui produit beaucoup). Une femme dont les traits physiques sont synonymes de fertilité – hanches larges, seins généreux, masse adipeuse suffisante pour supporter une grossesse) est appelée « une belle plante » ou on dit d’elle qu’elle est « plantureuse« .

Cette association, fruit d’un lien particulier que la femme entretient avec le règne végétal, explique en partie l’attachement des femmes pour les plantes sauvages et médicinales, en opposition à l’homme qui, dès les débuts de l’agriculture, cherche à apprivoiser les plantes dans un objectif de rendement.

Des cueilleuses aux guérisseuses

La distribution sexuée des rôles dans de nombreuses sociétés du Néolithique explique le rapprochement entre femmes et plantes dans notre imaginaire collectif. Ce sont en effet les femmes et les enfants qui partent à la cueillette des plantes sauvages qui serviront de repas principal aux êtres humains jusqu’à récemment, avant que le régime carné et riche en céréales ne prenne le pas sur un régime essentiellement végétal, en tous cas dans les pays développés.

La chasse est réservée aux hommes, même si ceux-ci accompagnent dans de nombreuses tribus les femmes à la cueillette en période de vaches maigres. Distinguons également les habitants de forêts luxuriantes, telles que les tribus amazoniennes, ou de zones semi-désertiques, des tribus vivant dans les plaines, chez qui la division sexuée est plus forte autour de la connaissance et de la collecte de plantes sauvages. Chez ces premiers, les connaissances botaniques sont en effet aussi bien réparties entre les hommes et les femmes car les hommes, en partant à la chasse pendant des jours, ont besoin de pouvoir se nourrir et se soigner en chemin, et les plantes leur apportent une solution pratique. Cela pourrait expliquer pourquoi le chamanisme est aussi répandu chez les hommes que chez les femmes parmi les peuples qui vivent dans des conditions climatiques ou éco-systémiques extrêmes (Amazonie, Mongolie, bushmen, etc.).

Ce sont donc bien souvent les femmes qui connaissent les baies et plantes pour se nourrir, et ce sont elles aussi qui traditionnellement soignent, d’abord leurs propres enfants, puis les autres femmes (lors  de fausses couches, d’accouchement) et enfin les hommes. Les plantes ont toujours été la médecine de choix de l’humanité. Les 100 dernières années ne doivent pas faire oublier qu’encore aujourd’hui, plus de 2 milliards de personnes sur Terre se soignent exclusivement ou essentiellement par les plantes. Il suffit de se pencher sur la médecine chinoise ou la médecine ayurvédique pour voir combien cette tradition médicinale est vivace.

Les femmes ont transmis ces connaissances botaniques et médicinales de mère (ou grand-mère) en fille, par des voies essentiellement orales mais également des herbiers. Mais pourquoi si peu de femmes médecins alors dans l’Histoire ?

Des pratiques féminines dans une médecine masculine

Les bases de la médecine occidentale ont été posées non seulement par des hommes mais également par des femmes, et il semble donc que l’absence de femmes dans la médecine occidentale, mais également dans d’autres traditions médicinales orientales, soit le fruit d’un processus patriarcal d’éviction plutôt que d’un désintérêt pour la chose médicale de la part des femmes.

Déjà dans l’Egypte ancienne, les prêtresses d’Isis et d’autres cultes officiaient comme thérapeutes, aussi bien pour les soins de l’esprit que du corps. Seules les médecins femmes pouvaient soigner femmes et enfants, et c’est la même chose dans la Grèce antique. Le dieu grec de la chirurgie était en fait une déesse, Leto, et Esculape, le père de la médecine occidentale, a eu deux filles, Hygiea et Panacea, qui ont eu un rôle majeur en médecine grecque. La gynécologie doit d’ailleurs beaucoup aux femmes médecins grecques, notamment Aspasia, dont on peut voir le portrait sur le frontispice de l’Université d’Athènes aux côtés de Socrate, Platon et Sophocle.

Au Moyen-Age les femmes furent tour à tour poursuivies et mises aux nues pour leurs dons médicinaux. On pense à Hildegarde de Bingen en Allemagne bien sûr mais aussi à Trotula de Salerne en Italie, moins connue et qui laissa pourtant de nombreuses recommandations et techniques encore utilisées dans le domaine de l’obstétrique. Après cette période de grâce qui couvre les 11 et 12ème siècles, même les grandes intellectuelles, plus difficiles à accuser de sorcellerie que les femmes du peuple, ne purent s’opposer à la prééminence des hommes au sein des facultés de médecine à travers l’Europe.

Dans de nombreuses régions du monde, parmi les Amérindiens, les Mongols ou encore les Hmongs du nord du Vietnam, les femmes sont dans la même situation, d’être les garantes d’une connaissance approfondie des plantes médicinales, mais qui se transmet presque en secret de génération en génération.

Les pionnières d’une nouvelle médecine holistique

Il semble pourtant qu’avec le regain d’intérêt qui entoure les médecines traditionnelles et autres médecines alternatives, le rôle des femmes soigneuses ou guérisseuses est en train d’évoluer et leurs savoirs sont mieux reconnus. De nombreux ouvrages s’y intéressent, parmi lesquels on peut citer :

Une mention particulière pour La santé à la pharmacie du bon Dieu, le livre en libre téléchargement de Maria Treben, herboriste autrichienne qui fit l’objet de nombreuses attaques pour ses propos dénonçant les contraintes imposées aux femmes et aux herboristes dans la pratique de la médecine en Europe. Son livre est le premier livre sur les plantes médicinales que j’ai lu et il reste pour moi une référence.

Je le constate également au quotidien : l’intérêt pour la naturopathie, pour l’aromathérapie et les plantes sauvages est bien plus fort chez les femmes que chez les hommes. Mes formations sont à 90% fréquentées par des femmes et les personnes avec lesquelles j’interagis au quotidien sur les réseaux sociaux d’Aroma’Tips sont quasiment toutes des femmes.

 

Alors, la médecine du futur, qui ne devra pas être qu’un retour aux plantes médicinales de nos ancêtres, mais devra s’enrichir aussi des avancées de la science moderne, sera-t-elle naturelle et féminine ? 

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